La Route du Rhum 2014 de Jean-Edouard Criquioche

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Ce 22 novembre à 4h33 (heure métropole) et après 19 jours, 14 heures, 33 minutes et 5 secondes de course, Jean Edouard Criquioche, Skipper de Région Haute Normandie, a franchi la ligne d’arrivée en 17ème position.

C’est avec cette publication sur Facebook, cette nuit, que nous avons appris l’arrivée à bon port de Jean-Edouard, parti de Saint Malo pour rallier Pointe-à-pitre pour sa 3ème participation à la Route du Rhum.

Jean-Edouard avait su nous passionner et nous amuser lorsqu’il était venu nous raconter sa transat Jacques Vabres de 2013.

Cette fois-ci, à l’occasion de cette course en solitaire, il a réussi à donner des nouvelles tout au long de son périple et cette fois encore, son moral, sa volonté, et son humour étaient de la partie.

Ce billet a pour but de vous faire vivre ces 19 jours ½ de mer, comme si vous étiez avec lui (ou presque)

Tout avait plutôt mal commencé puisque le 24 octobre, Jean-Edouard nous avançait qu’avant même le début de la course, il connaissait de gros ennuis techniques :

Verdict: voile irréparable…. Et vu que le solent est dans le même composite, même conclusion… Mais la solidarité entre marins a joué à bloc ! Entre prêt ou vente « au poids » le bateau aura une garde-robe digne d’une transat ! Alors grand merci à P’tit Louis, JC et Seb. Sincèrement MERCI les gars !!

Ensuite, Jean-Edouard publiera régulièrement son « journal de Bord » sur Facebook.

3 novembre:

Jean Édouard remonte peu à peu dans le classement est et, en ce moment, classé 29ème avec une vitesse moyenne de 8 nœuds. Bien qu’il garde le moral et le sourire (avec toutes ses dents cette fois ci ), n’hésitez pas à le soutenir via cette page, je lui transmettrais tous vos messages d’encouragement. Je tâcherais également, au maximum, de vous donner de ses nouvelles en temps réel tout au long de cette course. Charlotte
Message du jour :
« Pff…
Début de course bien pénible… Juste après le départ, l’attache du solent, une voile d’avant, a cassé. C’est toujours la même chose, on se doit d’éviter les travaux de dernières minutes. Tout doit être vérifié et validé. Et si ce n’est pas le cas, la mer nous rappelle toutes nos faiblesses…
Malgré tout l’enthousiasme et l’envie, on ne peut pas aller contre les besoins de la mécanique, du temps, des moyens et sa fiabilisation..
Enfin bref… Le solent s’est retrouvé bloqué à un mètre de son point d’amure normal pendant 1h le temps de récupérer mon préparateur et monter en tête de mât afin de libérer la voile.
1er coup : je lâche ma 7ème place sur la ligne.
2ème coup : 1h de réparation
3ème coup : 4h de pénalité
4ème coup : le décalage en temps correspond à une marée, je passe donc tous les caps avec le courant dans le nez alors que les copains l’ont dans les fesses.
5ème coup : suite à l’heure où le solent a fait drapeau, le temps de réparer celui-ci, a fatigué, pour … Se déchirer ce matin…
Alors, je ne vais pas dire que j’ai le moral ds les baskets, car j’ai toujours mes dents mais ça fait ch…, c’est comme la fois où la fusée Ariane avait pété pour un simple bouchon défaillant. Là, toute cette chaine d’emmerdes et due à une simple sangle défaillante…
J’attends avec impatience la renverse de courant dans la pointe Bretagne pour enfin tirer des bords qui ressemblent à des virements !
Class40 Région Haute Normandie
Jean Édouard Criquioche
Route du Rhum 2014″

4 novembre 2014 – Golf de Gascogne

La pointe Bretagne était belle comme sur les photos avec des vagues et une houle que l’on évite de trop regarder si on veut garder le petit déjeuner du matin dans l’estomac.
Mais cette beauté a un prix : Les chocs du bateau quand il retombe dans le creux de la vague. Choc pas du tout appréciés par l’électronique et les voiles…
Résultat, le solent qui a lâché, et hier soir, toute l’attable à carte en rideau… Plus d’alimentation électrique, donc plus de pilote automatique par la même occasion. Et ce n’est pas facile de trouver une panne et être en même temps à la barre…
J’ai donc mis le bateau en panne face au vent et mission « JED l’électricien »…
Résultat des courses, c’est le capot moteur qui s’était entre ouvert et une boite de matossage perfide en a profité pour s’y introduire et coupe l’alimentation générale… « JED l’électricien » s’est donc transformé en « JED l’imbécile ». J’avais matossé le long de caisson moteur. Je ne le ferais plus, promis !
Ensuite, dans un gros vrac, la tête de mât est allée se baigner… Résultat plus d’information vent… L’anémomètre se trouve justement en tête de mât..
ça+ça+ça+ça etc, j’ai même eu l’idée de lâcher l’affaire hier soir…
Trop d’emmerdes depuis notre départ de Lorient, trop de taf à Saint Malo, trop de fatigue accumulée etc. (je fais bien le gamin qui pleurniche non?!). Mais sérieusement, je me suis demandé si la mer voulais bien que je joue avec elle ou pas cette année…
J’ai dormi une demie heure pour me remettre les idées en place, et j’ai pensé à toutes ces énergies, tout ce temps, toutes ces bonnes volontés, mon pote qui se bat contre la maladie etc je me suis dit qu’il était impossible de lâcher l’affaire. Ok le mode course est sérieusement compromis, mais pas le mode aventure du fait que rien de structurel n’a été cassé.
So, Guadeloupe nous voilà, et si Madame « pas de chance » pouvait me lâcher durant 3 semaines, ce serait cool !
Have a good day !
Class 40 Région Haute Normandie
Jean Édouard Criquioche
Route du Rhum 2014″

 5 novembre – Large Finistère (Espagnol bien sur !!)

Après une nuit à slalomer entre les cargos, du fait que je traversais leur autoroute, j’ai pu enfin me faire un vrai quart de sommeil ! 2 fois 1h30 un vrai luxe en course à la voile ! Mais c’était nécessaire je commençais vraiment à être naze. Quand vous êtes très fatigué, votre lucidité vous joue des tours… Vous pouvez même aller jusqu’aux hallucinations.
C’est ce que j’ai cru cette nuit alors que je surveillais de près un cargo qui faisait quasi route parallèle à moi et à la même vitesse. Pas facile dans ces cas de le croiser, surtout que le bateau naviguait entre 10 et 14nds en fonction des rafales et des surfs… Et à un moment, je vois sur l’ordi le cargo qui vire tribord, direction l’ouest, puis Nord. Je me suis dit que c’était dommage de faire ainsi demi tour au milieu du golf ! Mais quand on a pas de tête on a des tonnes de fuel lourd! Et le cargo continu sa manœuvre Est puis à nouveau Sud sur sa route initiale !
Le commandant du cargo venait juste de faire une manœuvre pour créer un décalage entre sa route et la mienne ! C’est la première fois que je vois un cargo naviguer de la sorte !
A priori, les voiliers sont prioritaires, mais pour ceux qui ont vu Titanic (22 millions ! ), vous savez qu’un cargo est aussi manœuvrant que moi sur le skate de mon gamin… c’est dire !
Bref tout ça pour dire que dans les faits, c’est nous qui devons les éviter afin de ne pas avoir à discuter avec Saint Pierre sur le fait que c’est injuste qu’il m’ait trouvé une chambre si tôt alors que j’avais la priorité !
Petite discussion Anglaise avec accent français et Brésilien ensuite avec le commandant à la VHF pour le remercier. 2 autres cargos ont ensuite modifié leur route…
Bref Royal au bar !
La perte de mon solent ne handicap pas tant que ça vis à vis de mes autres concurrents qui sont dans le même paquet que moi. Pour le moment je limite la casse en attendant les alizés où nous seront à nouveau à armes égales.
Je limite ma contrariété d’avoir eu autant de casse à bord en constatant que Madame Pas de Bol a beaucoup travaillé sur ce début de course. Autant de bateaux arrêtés ou qui ont abandonné… Et ça m’énerve un peu de remonter au classement essentiellement à cause de la casse des copains…
On plonge le long du Portugal pour être le plus au Sud possible de la prochaine dépression qui court vers nous et normalement ce week end nous devrions voir les Alizés se pointer !
Bonne journée à vous.
Bateau Région Haute Normandie
Jean Édouard Criquioche
Route du Rhum 2014″

10 novembre – Atlantique Est

Bonjour à vous,
Ici c’est soleil et 24 degrés ! Et le bateau RHN surf sous spi max avec un vent de 15 à 22nds… Ah, j’allais oublier, l’eau est bleue, j’aimerai dire bleu marine, mais maintenant dire ça à des connotations malsaines…
Donc je vais dire bleu profond !
Ce sont ces conditions de plaisir total qui nous font endurer les nuits blanches à se faire démonter en pointe Bretagne…
Les problèmes du bord s’accumulent… Certains se résolvent, d’autres pas….
Il y a eu 3 nuits au large de Lisbonne dans une mer très hachée où le bateau tapait très fort, l’ordinateur principal a décidé de faire jouer son droit de retrait…
Juste avant de lâcher, suite à un choc qui a fait vibrer tout le bateau, il a eu la gentillesse de me dire que nous faisions route de collision avec 2 cargos…
Bref, plus d’information sur la centrale du bateau, plus d’AIS (système de géolocalisation des cargos), plus de communication satellite pour les fichiers météo…
Il a fallut créer un backup sur l’ordinateur de secours. Ce que je n’avais pas eu le temps de faire avant avec tous les travaux à faire à Saint Malo, et faire ça en mer, tout seul, c’est top cool ! Car, moi devant un ordi en rade, c’est comme tout le monde devant un photocopieur en rade… La seule chose qui me vient à l’esprit pour le réparer c’est de lui foutre un bon coup de pied.. !
Mais là, pas le choix, pas de contrat d’assistance dans les 6H…
Me voilà à démonter tous les câbles de Data de l’ancien ordinateur pour le nouveau. Entre les ports série, les RS232, les USB cloonaient en série etc etc…
J’ai donc fait mon papa modèle en appelant mon ‘Jimmy Neutron’ en le réveillant à 6h du matin.
« Allo, mon chéri ? »
« Mouuuuaiiiii, quesquilla ?
« j’ai un problème avec ………………………., j’ai be………………… »
« Hein? j’ai rien…………………………. »
(ah, oui, il faut que je précise que quand une merde arrive en mer, elle arrive toujours là où ce p…. de téléphone satellite ne capte pas !!)
Au bout du 10ème appel, j’arrive à lui faire comprendre le problème avec lequel je me débâtais depuis depuis 4H. Et lui me réponds:
« T’inquiète, c’est facile… »
Je l’aurais claqué !!!
Bref reconfigure complète, le fil bleu sur le bouton bleu, le fil vert sur le bouton vert. Ou l’inverse quand ça ne marche pas. Effectivement comme ça, c’est facile !
Pilote ad hoc envoyés par mail, tout tout bien. Et l’ordinatur de spare reprend la main sur toutes les Data…
Le plus dure, c’est que maintenant mon gamin a un sacré Joker pour tout l’hiver… Genre
« Alex c’est quoi cette note ??? Tu te moques de moi ??? »
« Ah tu as déjà oublié comment je t’ai sauvé la vie au Rhum ??? »
Dernier appel à Mino de Rom Arrangé pour obtenir tous les codes de configuration et le tour est joué !
Dernier problème du bord, c’est la bague de liaison du safran tribord qui a pris un sacré jeu. (Christian, si tu me lis… j’ai l’impression que le boulon qui travers l’axe de jaumière à agrandi le trou dans lequel il devait s’ajuster, as-tu une idée pour traiter le problème ?)
Le safran fait drapeau sur 5 degrés. J’ai passé 2H, le bateau arrêté cette nuit pour tenter de réparer et resserrer mais les boulons sont soudés par le seul, tout bouge, sauf ce que je voudrais qui bouge…
J’ai saturé les boulons de WD40 et j’espère pouvoir resserrer ça dans la journée.
A part la gestions des emmer… Tout va bien à bord !
On plonge tous au Sud pour éviter l’Anti cyclone des Acores qui nous barre la route et comme cette année, il est joueur, il descend en même temps que nous ! C’est pour ça que notre route ressemble plus à une Transat Jacques Vabre qu’à une Route du Rhum !! Mais comme on est à la latitude d’Agadir, il fait chaud !
On ne va donc pas battre le record sur cette édition car même si la route Sud est la plus sympa avec short à la place de la veste de quard, elle est aussi plus longue que la route nord.
Voilà,
Bonne journée à vous.
Jean Edouard Criquioche
Class40 Région Haute Normandie »

12 novembre –  Quelque part au milieu…

Bonne nouvelle du jour, après 2 jours d’essais pour réparer la bague tribord qui relie la barre de liaison des safrans et ce sans succès, j’ai trouvé une solution toute simple et au demeurant ‘bougrement’ efficace !
Relier les 2 barres franches ensemble via les stick ! Tout con mais j’ai mis 2 jours à trouver la solution… Le tout renforcé par une latte de solent de rab et le tour est joué !
Ça fait 2 transats de suite où je bricole des safrans, je deviens expert dans la réparation avec rien… et cette fois en plus, on ne me fera pas un procès dans un tribunal Belge !!
Tout va mieux maintenant que les safrans sont alignés et qu’ils bougent de concert, j’avais un peu l’impression de conduire une voiture avec les roues qui prenaient 2 directions différentes… Un peu stressant à l’entame d’un virage, idem à la sortie d’un surf…
Enfin de compte, comme disait mon adjudant instructeur… un homme n’a besoin que d’un couteau et de sa b…, il fallait rajouter au couteau du ‘green tape’ . A moins d’en avoir une vraiment balaise pour relier les 2 safrans mais là… je ne sais pas, peut être le froid, impossible…
Je garde toujours ma place au Sud du petit groupe. Mais alors que les fichiers annonçaient pétole au Nord de ma zone, mes petits camarades semblent toujours avoir de l’air…
L’anticyclone continu a descendre plus ou moins… Comme nous… Si ça continu, on va se retrouvé coincés à Ushuaïa…
Bonne journée à vous !
Jean-Edouard Criquioche
Class40 Région Haute Normandie »

Message de nuit (du 12/11/14 au 13/11/14) – Toujours au milieu mais un peu plus près des Ti Punch…

Vous avez surement déjà vécu des moments comme cette nuit.
Vous ressentez comme un équilibre évident. Équilibre entre la beauté de la nature, la sérénité et le plaisir qu’elle nous offre.
Comme un matin rare à la montagne où les pentes sont recouvertes d’une couche de poudreuse épaisse et légère tombée juste pour nous, le soleil un vent léger et vous voilà déflorant ce tapis immaculé où les ski glissent tout seul sans effort, sans choc, sans forcer,. Juste glissent… Et vous vous surprenez dévalant la pente avec un sourire d’enfant…
Ben, cette nuit c’est exactement ça.
La mer est douce, le bateau file sous spi, la houle ne fait que nous pousser en nous caressant, nous aidant à accélérer en douceur à chaque onde… Je n’ai même pas envie de toucher quelques réglages que ce soit tant tout parait en accord… Alors je laisse filer, je laisse le bateau s’ébrouer à chaque accélération, même si parfois le vent l’emmène sur un léger cap différent, je le laisse faire. Après la pointe Bretagne et le large Portugais, il a aussi le droit d’en profiter et de se faire plaisir. Alors je le laisse faire.
La nuit précédente était une autre histoire… On s’est fait rattraper pendant 6H par l’anticyclone… 6H à batailler avec un vent jouant à cache-cache et avec nos nerfs, tournant dans tous les sens, un coup froid, un coup chaud… J’ai dû faire une vingtaine d’empannages sous spi.
Et un virement !
Le pilote ne peut pas suivre ces risées provocatrices alors il faut barrer l’écoute de spi à la main, pour profiter de chaque mètre de gagné vers la sortie de la bulle. Le vent est si léger que vous ne sentez pas sa direction tant le spi et la grand voile perturbe le peu d’air que vous avez. Alors, vous avez les yeux fixés sur la girouette, le compas et le guindant du spi… Et au bout de 3H peut être, je me suis juste mélangé les pédales et au lieu d’empanner (changer de bord avec le vent dans le dos), j’ai viré (c’est un changement de bord aussi, mais cette fois-ci en faisant passer le nez du bateau au lit du vent). Sauf que j’étais sous spi et que le spi ne fonctionne qu’avec un vent portant… Me voila avec le spi à contre bien blotti contre le mât, les barres de flèches, les filières etc Tout ces endroits mal famés pour un spi…ou le moindre accro le transformera en matière première pour faire des sacs ou autres objets recyclés…
Bon ce n’était pas méchant non plus, il devait y avoir 6nd de vent, la chaussette descend très facilement dans ces cas là…
Ensuite, quand vous faites un manque à virer, (a cause d’un gros manque à empanner…), le bateau est stoppé face au vent, la grand voile faisant drapeau en ayant comme seul objectif de vous en coller une au passage…
Il ne faut surtout pas regarder derrière à ce moment là… Car vous constatez que vous reculez… Sortir d’un manque à virer, sans voile d’avant (Solent HS et trinquette bien rangée pour matosser …) avec un vent qui varie de 2 à 6nds et de 45 degrés en direction, ben… ça prend 15mn. 15 putain de longues minutes, où le bateau recule,…vous avez bien le temps de comprendre que vous êtes le roi de c….
Le soleil s’est levé et le vent avec. Il nous faut continuer à plonger au Sud afin de trouver un vent plus vigoureux et pour ce faire il faut gagner l’anticyclone à la course car il descend aussi au Sud…
Et ça, ça ne va pas arranger la situation de mes petits camarades de jeu englués plus au Nord…. Déjà que 6H de pétole, m’ont fait réviser les jurons du Cpt Adhoc… Eux, ça va faire 24H et ce n’est pas fini…
Bonne nuit à vous, demain promis, je mets le clignotant à droite direction Gwadeloup !
Jean-Edouard Criquioche
Class40 Bateau Région Haute Normandie
Route du Rhum 2014″

15 novembre  – Centre Atlantique

Cet après midi j’ai expérimenté la pêche au chalut avec un spi de 180m2…
J’ai mis presque 1/2 heure à remonter le chalut… C’est là que je me suis dit qu’on ne payait pas le poisson assez cher, c’est un boulot de força…!
Une nouvelle fois, c’est l’anneau qui retient la tête de spi qui a lâché… L’inox Chinois, c’est bien, c’est pas cher, mais c’est de la MEEEEEERD….. !!
La même mésaventure nous était arrivée avec Anna dans la mer des Caraïbes… Et ma phrase « I Cannot stop the boat » est l’une des vannes favorites d’Anna depuis…
Cet après midi, c’était  » I still cannot stop the boat » !
C’est fou, H24, on se bat pour faire avancer le cannot, on cherche le dixième de nœud qui nous manque toujours… Et là avec 180m2 de tissus dans l’eau qui traine et ben impossible d’arrêter le bateau pour limiter la traction et pouvoir remonter de tas de mer… à bord !!!
Car en plus, il faut faire ça avec un minimum de finesse afin de ne pas détruire le spi. Ce n’est pas comme s’il nous restait 3000km à faire sous spi…!
Le spi n’est pas déchiré, j’imagine que les coutures en ont pris plein leur race. Mais elles ont tenu…
Opération réparation de la têtière avec des sanglages et mise en place d’une manille. Une vraie, fabriquée en France avec le poinçon qui va bien !
Je ne comprendrais jamais les voileries qui crochent, 6000€ de tissus et de savoir faire, à un anneau de merde…
Le spi lourd est en tête, je vais me reposer et si les grains se calment un peu, je verrais à renvoyer le spi léger réparé…
Bonne soirée à vous !
Jean-Edouard Criquioche
Class40 Région Haute Normandie
Route du Rhum 2014″

16 novembre – Toujours au milieu

Nuit très compliquée avec des grains morts… Je les appelle comme ça car au lieu d’avoir des rafales dessous, et ben c’est pétole absolu…
Peu de vent qui tourne sur 360°… De quoi faire péter les plombs, surtout quand Juliette, 7 milles derrière moi hier soir, se retrouve avec la même distance ce matin, mais devant…
Le vent semble être revenu et surtout stabilisé, alors je vous envoie ce petit selfie avec du soleil et 26 degrés… ! NAH !!
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Bon dimanche !
Jean Édouard Criquioche
Class40 Région Haute Normandie
Route du Rhum 2014″

17 novembre –  Mrs Unlucky is back…

Cet après midi ça pousse fort. Spi médium, 20 – 25 nœuds de vent avec un angle presque parfait pour faire route, soleil, bonne speed avec des pointes à 16nds.
Tout va bien.
Tout va bien jusqu’à ce que le bateau parte à l’abatée et empanne comme une merde, le spi à contre, la GV à contre, tout le matos et le ballast arrière à contre…
Je sors de ma sieste en catastrophe, pensant au départ, juste à un décrochage d’un safran et à un dérapage incontrôlé…
J’arrive à remettre le canot dans le bon sens. Ca va le spi n’a pas pêté..
Je remets le pilote en route et c’est là où je me rends compte que la barre est molle et que le pilote n’est pas en prise. Elle est tellement molle que je ne sens même pas la pression de vérin…
Cool, sous spi à 12-14nds, pas de pilote… L’affalage du spi va être sportif !
Il faut une nouvelle fois que j’arrive à arrêter le bateau pour pouvoir analyser le problème et tenter de le réparer. Faire 96H bloqué à la barre me parait un peu compliqué…
Je choque la GV en grand, choque le spi et c’est parti pour la descente de chaussette….
C’est fou ce que la peur peut générer comme adrénaline…. Spi ferlé.
Maintenant à la GV ; GV impossible à descendre. Dans le vrac la latte n°2 à cassé au niveau du chariot. Je n’arrive pas à bien voir car ce putain de chariot est bloqué à 18m de haut…
Ok, on met le bateau en panne avec une GV en tête…
Je plonge dans le compartiment d’évacuation où sont positionnés les pilotes.
C’est là que je constate que le pilote principal a son axe de vérin hydraulique de cassé net…
Mise en place du pilote de secours, changement des connections pilotes vers la centrale de nav…
Retour dans le cockpit. Un petit essai…. OUF ! Ça fonctionne.
J’essaie d’affaler la GV mais ce putain de chariot est vraiment bloqué. Je ne me vois pas monter en tête de mât tout de suite avec ces creux de 3mètres. Il va falloir attendre que la mer se calme un peu…
Je re-hisse le spi et c’est reparti ! Le pilote électrique à l’air de pas mal se demmerder, je vais abattre un peu pour lui mettre moins de charge. Il reste 4jours à tenir. Le vent va monter encore il faut que je trouve une solution pour arriver à descendre la GV…
Jean Édouard Criquioche
Class40 Région Haute Normandie
Route du Rhum 2014″

Voici donc le dernier message transmis par jean-Edouard avant son arrivée cette nuit.

Toute l’équipe de l’EntrePod tient à le féliciter chaleureusement pour cette performance et on espère avoir l’occasion de trinquer prochainement avec lui autour d’un ti punch!

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